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Il prêche en prison
« Par son avènement le Seigneur voulait pénétrer dans les lieux les plus inférieurs…» (Saint Épiphane, évêque, mort en 403, sermon de Pâques). Ainsi le père Lataste conduit Dieu dans une prison de femmes. Il prêche deux années de suite dans la maison centrale de force et de correction de Cadillac, d’abord du 15 au 18 septembre 1864 — il a alors 32 ans —, puis du 14 au 17 septembre 1865. La prison contient 400 détenues condamnées aux travaux forcés et au silence pour avortements, infanticides, crimes… D’emblée, il s’adresse à elles comme à des sœurs.
« Et moi, moi, ministre de Dieu, consacré quoique très indigne, au service de ses autels, voué pour toute ma vie à la privation absolue de tout ce dont vous avez abusé, volontairement lié par les vœux perpétuels de pauvreté, d’obéissance et de chasteté, moi je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m’ayez appelé, et vous tendant les mains, je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs. »
Sermon 90, du 15 septembre 1864.
Le père Lataste est témoin de l’amour Dieu pour le monde, en même temps qu’il témoigne devant Dieu de la beauté des hommes et des femmes. Dieu est dans la prison de Cadillac avec les détenues, et le père Lataste le révèle.
« Il (Dieu) s’est fait prisonnier au milieu des prisonnières pour les guérir, les consoler et les aimer. […] Et c’est Dieu qui les cherche et qui vient habiter, résider auprès d’elles, se faire entourer d’elles comme d’une famille et d’une royale cour. » Sermon 202, du 17 septembre 1865.

Le père Lataste est inspiré par ses lectures de Maître Eckhart, chez qui il retrouve ses propres convictions.
« En vérité, le péché qu’on a commis cesse d’être péché dès lors qu’on s’en repent. […] Celui qui comprend bien Dieu ne devrait jamais perdre de vue cette pensée : dans son fidèle amour, Dieu a fait passer l’homme d’une vie de péché à une vie divine, d’ennemi, il l’a transformé en ami, – et c’est là une œuvre plus grande que la création d’un monde nouveau. Bien plus, celui qui se serait vraiment fixé dans la volonté de Dieu ne devrait pas vouloir que le péché où il est tombé n’ait pas été commis. Non point, certes, en tant que le péché était dirigé contre Dieu, mais parce que par le péché, tu es tenu à un plus grand amour et que tu t’es déjà abaissé et déjà humilié, par cela seul que tu as agi contre Dieu. […] Mais si l’homme se relève complètement du péché et s’en détourne entièrement, alors le Dieu fidèle fait comme si l’homme n’était jamais tombé dans le péché, pas un seul instant il ne songe à lui faire expier tous ses péchés ; égaleraient-ils en nombre ceux de toute l’humanité, jamais Dieu ne lui en tiendrait rigueur, jamais il ne cesserait de se montrer avec cet homme aussi intime qu’il l’a jamais été avec une créature. Pourvu qu’à cette heure il le trouve dans de bonnes dispositions, il ne fait plus attention à ce que cet homme fut dans le passé. Dieu est le Dieu du présent. Tel Il te trouve, tel Il te reçoit, tel Il te prend ; non point tel que tu fus, mais tel que tu es en ce moment. » Eckart, Traités et sermons, Entretiens spirituels XII, trad. A. de Libéra, GF, p. 97.
« Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu’elle a beaucoup aimé ; celle qui la première vit et toucha Jésus au matin de sa Pâque, parce qu’elle était la première dans ce cœur blessé pourtant d’un amour qui embrassait toutes les âmes jusqu’à la mort. »
Lacordaire, Sainte Marie-Madeleine, Cerf, 2005, p. 3.
Psaume 55, 10

« Amen, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »
Luc 23, 43
François, pape, Misericordiae Vultus
En Dieu, ne demeure que le présent, c’est bien le présent qui juge du passé et non l’inverse. « Ce qui est passé n’est plus rien ; ce qui demeure, c’est tout. Leurs péchés sont effacés, leur amour demeure. » Sermon 95 du 17 septembre 1864.
« …On les croit souillées, mais non, elles ont recouvré dans les larmes du repentir comme une seconde innocence ; […] Le monde les dédaigne, mais elles sont aimées de Dieu. Jésus les aime d’un amour de prédilection. Oui, n’en doutez pas, d’un amour de prédilection. […] Dans son ciel, Dieu ne vous demandera pas si vous êtes demeurée toujours pure, toujours fidèle, il vous demandera si vous l’aimez beaucoup. Que vous ayez été dégradée, souillée de bien des crimes, c’est un grand mal, mais Dieu est assez puissant pour effacer tout cela et vous rendre votre innocence première, si seulement vous l’aimez beaucoup. Et si vous l’aimez plus que les âmes restées fidèles, vous aurez une place plus avant dans son cœur et plus haut dans son ciel. » Sermon 95 du 17 septembre 1864.
L’innocence se reçoit en même temps que la vie toujours donnée par Dieu seul.
Sermon 96 du 18 septembre 1864.

« L’esprit et l’âme de la maison de Béthanie… c’est cette fraternité de la grâce… cette charité du Christ effaçant entre elles toutes distances et toutes distinctions. »
Les Réhabilitées, p. 42, 1866.
François, pape, Misericordiae Vultus
« Dans mon innocence tu m’as soutenu et rétabli pour toujours devant ta face. »
Psaume 40, 13
Isaïe 1, 18
Luc 19, 5
