Pourquoi la Fraternité Lataste ?
Jacques Nourissat est né en 1917. Ordonné prêtre en 1943, il a été vicaire à Dijon (St Joseph puis la cathédrale), attentif aux familles populaires et suscitant des structures d’entraide. Curé à Ste Colombe, il devient ensuite aumônier du lycée St Joseph de Dijon jusqu’en 1968, aumônier régional des fraternités Lataste, puis national de 1970 à 1974.
En 1974, il part pour le Canada en soutien des communautés religieuses locales et s’engage dans la pastorale des familles brisées. Prêtre fidei donum, il prend la nationalité canadienne.
En 1998, il rentre dans son diocèse d’origine et sera prêtre auxiliaire de la paroisse Notre-Dame de Dijon.
En raison de soucis de santé, i intègre la maison du clergé tout en continuant à s’adonner à la prière et à l’accompagnement. Une mauvaise chute aura raison de lui le 7 mars 2014 à 97 ans. Il laisse le souvenir d’un prêtre qui a marqué profondément au cours de ses différents ministères.
L’homélie de son neveu Daniel, prêtre, reflète l’amour passionné de Jacques Nourissat pour le Christ-Miséricordieux pour tous et toutes dans l’Église, particulièrement pour les pécheurs. Comment ne pas y entendre le prolongement de la conviction du P. Lataste ?
Extraits…
Sa sœur Marthe, dominicaine de Béthanie, lui a permis de découvrir le père Lataste, le dominicain apôtre de la Miséricorde, dont il se fera le successeur passionné. C’est pour les familles tellement abîmées de la cour du Mouton à l’ombre de Saint-Bénigne qu’il fondera les Fraternités Lataste pour qu’elles se découvrent aimées gratuitement par le Christ, en même temps que la maison familiale de Grancey afin qu’elles puissent vivre des moments de joie et de vacances paisibles en famille, entourées de familles amies de la paroisse. Le père Lataste lui a donné l’audace de mettre en pratique la parole de Jésus à la Samaritaine : « ce sont des adorateurs comme toi que le Père cherche » (Jn 4, 23) en cherchant à réveiller chez les personnes qui se sentaient indignes de Dieu la capacité d’adorer Dieu : on se rappelle la retraite prêchée dans le couloir des condamnés à mort de la prison de Boston aux Etats-Unis au milieu desquels il avait installé le Saint-Sacrement, et les puits de Jacob qui permettent à toute personne, quelle que soit son histoire, ses péchés et son apparente indignité, de se laisser irradier par l’amour du Christ-Miséricorde en devenant un de ces adorateurs en esprit et en vérité. […]
Il était doté d’un vrai génie pour écouter les personnes dans le respect et la discrétion reçus du père Lataste, en osant croire que jamais elles ne sont radicalement cassées, mais que demeure toujours en elles la dignité d’enfant de Dieu ; et l’Église doit inventer des chemins audacieux pour que ces personnes puissent s’y trouver en famille, c’est sa mission première que de leur offrir le Christ, source jaillissante en vie éternelle, pour qu’elles renaissent à l’Espérance car personne n’est indigne de Dieu.
Jacques puisait dans la Parole de Dieu son inépuisable espérance. J’aimais son acharnement à chercher comment tout passage de la Bible est une page d’Espérance, sa joie de me faire découvrir l’histoire de Caïn et Abel – encore une histoire de famille – comme une page d’Espérance : à la plainte de Caïn le meurtrier de son frère qui se croit maudit, Dieu répond – quelle merveille – en marquant son front d’un signe de tendresse et de protection. Chaque fois qu’un blessé de la vie – belle expression inventée par son cher Jean-Paul II – venait à lui, il commençait par le bénir, puis lui disait : « Qu’est-ce que tu viens me demander ? » Si on lui disait : « Je ne peux plus prier » il répondait « rajoute toujours : pour le moment… » À ceux qui pour une raison ou une autre ne pouvaient pas recevoir le sacrement de réconciliation, il proposait une cure de pardon pour se laisser prendre dans les bras du miséricordieux Père du fils prodigue, « le bon berger qui nous fait revivre et nous conduit par le juste chemin » (Ps 22). Exigence folle de l’espérance, quand des personnes venaient lui crier la souffrance provoquée par des personnes qui les blessaient, il osait répondre : « au lieu de gueuler sur les gens, regarde comment tu peux les aimer davantage » … « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, heureux les pauvres de cœur… » (Mt 5).
Abbé Daniel Nourissat
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