La mort
Quelques jours avant sa mort, le Père Lataste exprime publiquement son pardon à ceux qui l’ont combattu : « Je remercie l’Ordre de saint Dominique tout entier de m’avoir donné le Saint Habit. Je remercie et je bénis en mourant toutes les personnes qui m’ont approuvé dans mon entreprise et m’ont aidé de leurs prières et de leurs conseils… Je pardonne à tous ceux qui m’ont désapprouvé, contredit, combattu, je prie Dieu de les bénir tous. » Chronique de Béthanie, 4 mars 1869.
À la date du 8 mars, nous pouvons lire dans la chronique du frère Rolland qui le soignait : « Rien ne parlait en lui si haut et si suavement que la miséricorde et la bonté […] Je n’ai jamais jugé ni condamné personne, je n’ai jamais gardé quoi que ce soit dans le cœur contre personne, j’espère que Dieu fera de même envers moi. » Evers p. 355
C’est le 10 mars 1869 que le Père Lataste meurt, entouré de ses chères « filles ». Il n’avait pas 37 ans, et Béthanie était fondé depuis deux ans et demi.

Les premières sœurs autour de la tombe du Père Lataste
La tombe du P. Lataste à Montferrand-le-Château fut d’abord installée au cimetière du couvent. Elle fut bientôt rejointe, à gauche, de la dépouille de Mère Henri-Dominique puis, à droite, de la tombe du P. Boulanger.
Le père Lataste avait dit aux sœurs, le 9 mars 1869 : « Et si jamais vous abandonnez ces lieux, vous emporterez mes os avec vous ! » C’était la deuxième fois qu’il répétait ces paroles à Mère Henri-Dominique.
Sa volonté pour le cimetière : « Vous mettrez deux troncs d’arbre avec leur écorce pour la croix, vous l’entourerez de lierre et de fleurs grimpantes. Vous sèmerez aussi des fleurs autour de l’enceinte (idée de la mort et de la vie qui doit suivre… ) »
C’est le 27 et 28 janvier, jour d’installation des sœurs de Béthanie à Mont, que le corps du P. Lataste a été transféré et déposé dans cette tombe. « Or aucune odeur ne se dégagea du cercueil qui avait été pourtant fabriqué de simples planches disjointes et était resté dix mois dans une terre humide qui s’y était agglutinée. Le fossoyeur, le maître d’école et le commissaire de police ont constaté qu’il n’y avait aucune odeur et le transfert a été autorisé dans l’appartement chauffé où il est resté sans qu’aucune odeur ne se dégage ! » Et pendant toute la journée et le lendemain les gens ont défilé pour faire toucher des objets au cercueil ! Les gens sont venus veiller celui qu’ils considéraient déjà comme un saint.
La tombe de Mère Henri-Dominique.
À 17 ans, elle avait fait vœu de virginité devant une statue de la Vierge Marie. Elle est entrée chez les dominicaines de la Présentation de Marie. C’était une personne de grande envergure qui avait déjà fondé des œuvres et relevé une école menaçant de fermer. Elle avait le désir d’une vie plus contemplative et orientée vers l’aide des jeunes femmes en difficultés.

Elle est sortie de sa congrégation après avoir entendu parlé de l’Œuvre des Réhabilitées, pensant qu’elle était déjà fondée. Quand elle rencontre le P. Lataste en mai 1866 et apprend que c’est elle qui doit fonder, non pour s’occuper de femmes sorties de prison mais pour les accueillir au sein de la même communauté comme ses sœurs, elle recule !
Le P. Lataste n’essaie pas de la convaincre ; il va simplement lui proposer de faire une retraite de trois jours en silence avec, comme seul appui, un tableau de Jésus en croix avec, à ses pieds, la Vierge Marie et sainte Marie Magdeleine. Après les trois jours, touchée par la grâce, elle accepte, complètement retournée ! Sans elle, l’œuvre de Béthanie n’aurait pas pu voir le jour. Elle a suivi pas à pas les inspirations et directives du P. Lataste, de dix ans plus jeune qu’elle, dans une liberté de dialogue. Elle a vécu à Béthanie jusqu’en 1907, faisant plusieurs fondations : à Viry, à la Sainte-Baume, à Ecommoy (Sarthe) et en Belgique.
La tombe du Père Boulanger.
Appelé « l’oncle de Béthanie », le père Lataste lui avait demandé de terminer les Constitutions (Règle de vie) après sa mort. Il lui a été très fidèle et très aimé des sœurs. Il a été provincial des dominicains.
La tombe de la petite sœur Noël
C’est une des femmes qui a retrouvé l’espérance pendant la prédication du P. Lataste à Cadillac, en 1864, et qui attendait son tour de corvée d’eau pour se jeter au fond du puits de la prison. Vous avez du voir à l’exposition le registre d’écrou de Cadillac où il est noté « Sortie pour le refuge de Béthanie », terme pas exact, par ailleurs. Elle est entrée le 21 juin 1867 – le lendemain de la Fête-Dieu, semble-t-il – et le père Lataste lui donnera l’habit le jour de Noël 1868, jour de sa dernière messe célébrée. Elle travaillait dehors, même dans des conditions de froid difficile. Elle est décédée le 9 juillet 1872.
Le père Lataste fut donc enterré dans le cimetière du couvent avant d’être à nouveau exhumé pour l’ouverture du procès de béatification en 1937. C’est à ce moment qu’il fut transféré à l’entrée de la chapelle des sœurs qui étaient obligées au moins de passer sur le bord de la tombe. Ce lieu devint un lieu de prière intense pour les sœurs jusqu’au moment de la béatification où le P. Lataste est donné comme modèle et instrument de la Miséricorde divine à toute l’Église, au peuple de Dieu, spécialement les hommes et femmes en prisons de toute sorte…
Il lui fallait désormais un lieu où les gens pouvaient librement venir se recueillir. C’est ainsi que, pour la quatrième fois, les ossements du bienheureux furent déplacés dans l’ancienne chapelle de S. Joseph du couvent devenue la Chapelle Lataste.

Le 16 septembre 2026, la translation des reliques du P. Lataste depuis sa chapelle à Béthanie jusqu’à la cathédrale de Besançon s’est effectuée en présence de Mgr Bouilleret, archevêque de Besançon.
Un reliquaire provisoire est déposé dans une niche de la chapelle Saint Joseph en attendant la réalisation d’un nouveau mobilier pour aménager cette chapelle. Un concours d’artistes a été lancé et le lauréat sera désigné le mardi 27 octobre par la commission d’art sacré du diocèse de Besançon.
