Dès la fondation à Frasne-le-Château, Béthanie était composée de femmes qui n’auraient pas pu trouver place dans les couvents de ce temps-là, aussi bien que d’autres qui y auraient été admises sans difficultés. Là, elles vivraient en sœurs, sans faire la moindre mention de leur passé, dans le respect et l’amour mutuel, chacune également consciente d’avoir été et d’être toujours objet de la miséricorde de Dieu. N’ayant qu’un cœur et qu’une âme, elles s’épauleraient les unes les autres pour mieux aimer le Christ, comme jadis en Palestine, à Béthanie, Marthe et sa sœur Marie-Madeleine, dont Jésus avait chassé sept démons.
Pendant plus de 150 ans, Béthanie a continué à ouvrir, non seulement le cloître, mais simplement l’Église aux personnes qui s’en croiraient exclues et devient ainsi une espérance vivifiante pour tous ceux et celles qui sont tentés de désespoir, selon la conviction du Père Lataste : « Du plus grand pécheur, Dieu peut faire le plus grand saint. »
Telle la graine de moutarde de l’Évangile, la plus petite des graines appelée à devenir un grand arbre où les oiseaux viennent se réfugier, durant un siècle et demi Béthanie a grandi, déployant largement ses branches en Europe et aux États-Unis. En 150 ans, en France et en Europe, les temps, les mentalités et les lois ont changé. Toutes les femmes alors en prison en 1864 n’y rentrent plus aujourd’hui ; des aides et prises en charge les soutiennent et leur évitent le rejet de la société. Mais la réhabilitation voulue par le P. Lataste reste un combat pour aujourd’hui, surtout à l’heure des media et des réseaux sociaux qui, eux, peinent à pardonner.




