La magnifique propriété de Montferrand-le-Château, qui sera dénommé Béthanie-Mont, ne comprend alors que le petit château et des communs. Les sœurs s’y entassent.
La fondatrice, Mère Henri Dominique, prévoit de bâtir rapidement une chapelle. C’est sans compter avec l’invasion des Prussiens qui stoppent son élan. Avant d’être une chapelle de pierre, ce sera une chapelle de chair avec l’arrivée au couvent de soldats affamés et épuisés. Les sœurs leur partagent le peu qu’elles ont. Là-dessus, l’Intendance de Besançon nous demande de prendre la direction d’une ambulance de 130 lits. Une dizaine de sœurs partent emportant toute la literie, les sœurs restées au couvent dormiront sur la paille.
Enfin la première pierre de la chapelle est bénite le 22 juillet 1872, fête de sainte Marie Magdeleine notre patronne et la chapelle le sera le 24 décembre 1873. On imagine la splendeur liturgique et la joie communautaire de cette fête de Noël. Peu à peu on construit un passage du château à la chapelle, puis l’aumônerie, enfin le couvent.
Missions en prisons

En 1877, l’autorisation de visiter toutes les prisons de France est donnée pour deux sœurs, sans précision de noms, de telle sorte que ces visites puissent tenir dans la durée. Elles se feront toujours deux sœurs ensemble jusqu’en 2013.
Quand notre nombre commence à diminuer, nous sommes autorisées à faire les visites par une sœur seulement.
L’histoire de Béthanie a été marquée par une largesse d’esprit, ouverte aux demandes de secours de femmes en détresse, parfois nous faisions des pas en avant, des pas en arrière.
En voici deux exemples : en 1878 le ministère de l’Intérieur nous demande d’annexer une œuvre de jeunes détenues mineures. On l’appelle l’œuvre des « petites correctionnelles ou des petites filles ». Deux ans après, cette œuvre nous est retirée à cause d’un changement de gouvernance au ministère. Une autre œuvre de correctionnelles tiendra tant bien que mal jusqu’à la première guerre mondiale, sans grands résultats. Par ces expériences hasardeuses, les sœurs ont compris que leur vocation était la réhabilitation par la vie religieuse uniquement.
L’adoration perpétuelle

À partir de septembre 1877, l’adoration perpétuelle du St Sacrement, souhaitée par le père Lataste, se maintient jusqu’à la guerre de 39-45, puis seulement la journée. Au début les sœurs se relayaient deux par deux toutes les demi-heures. Quand elles furent plus nombreuses, elles se retrouvaient quatre à la fois les dimanches et grandes fêtes. Ces dernières années, notre communauté réduite nous a obligées à diminuer le nombre d’heures d’adoration. Des ami(e)s sont venus remplir certaines heures vides. Nous leur disons, à chacun et à chacune un immense merci. Grâce à vous l’adoration eucharistique se sera maintenue jusqu’à la fin.
La vie quotidienne à Béthanie a été marquée par une communion fraternelle très forte. Chacune de nous arrivait avec son histoire qu’elle pouvait ou non dévoiler à la supérieure générale ou à sa responsable de formation. La discrétion béthanienne consistait à respecter le passé familial, culturel, professionnel, moral.
On n’en parlait pas, et la grâce de notre vocation faisait qu’aucune de nous n’a jamais cherché à enfreindre ce silence ou à poser des questions indiscrètes. Ce silence sur nous-mêmes fait partie de la vie d’ascèse, qui trouvait son équilibre dans une vie fraternelle simple et joyeuse, dans la liturgie et dans l’adoration de l’Eucharistie.
L’intercession pour les personnes en détention et la prière intense qui accompagnait les sœurs visiteuses des prisons nous stimulaient dans notre vie contemplative apostolique. Souvent pendant ces visites, les sœurs restées au couvent vivaient des combats spirituels. La communion des saints fait partie essentielle de la vocation béthanienne.
À la Toussaint 1888, les sœurs dominicaines de Béthanie sont affiliées à l’Ordre dominicain. Il aura fallu 20 ans pour que nous soyons pleinement dominicaines.
