« Quand Dieu nous aime, il ne nous demande pas ce que nous avons été.
Il ne veut voir que ce que nous sommes. »
P. Lataste
« Quand quelqu’un a faim, on lui donne à manger sans chercher à savoir qui il est ni d’où il vient. »
P. Lataste
Pourquoi la Fraternité Lataste ?
Pour nous aider à découvrir et à vivre l’Espérance qui habite en chacun, et pour nous rendre compte qu’elle est plus forte que le mal que nous subissons ou que nous avons fait.
Voici sa devise en toute circonstance : ESPÉRER CONTRE TOUTE ESPÉRANCE… ENSEMBLE, c’est possible !
Le Père Lataste ne verra pas grandir la merveille qu’il a fondée et soutenue. Il meurt à 37 ans, trois ans à peine après la naissance de Béthanie ; mais son Esprit ne cessera de rayonner. Du Mouvement évangélique qu’il a suscité, retenons notamment :
– la Congrégation des Dominicaines de Béthanie de Venlo (1914),
– l’Institut Séculier de Notre-Dame de Béthanie (1948),
– les Fraternités Lataste (1960).
« La fraternité Lataste »
Pour peu qu’on veuille bien le regarder, le monde où nous vivons nous présente, à côté de merveilleuses réussites techniques et de beautés morales indiscutables, un visage profondément douloureux. Les égoïsmes individuels les drames de famille, les misères sociales, les conflits raciaux et internationaux engendrent une foule innombrable de victimes et un cortège incalculable de douleurs.
De ce monde bouleversé s’élève un immense cri de désespoir.
Ce cri, qui donc l’entend ?
Il y a un siècle, les détenues et les libérées de la sinistre Centrale de Cadillac (Gironde) trouvaient en un frère profondément compatissant, le Père Lataste, une réponse à leurs cris de détresse. Désirant révéler à ces femmes un puissant remède à leur malheur et à leurs souffrances, il les invitait à s’ouvrir mutuellement, au respect réciproque, à l’échange des pardons et à l’amour fraternel discret et miséricordieux, qu’elles puiseraient à la source divine.
Le Père Lataste, en effet, avait compris qu’une vie de prière et d’adoration, au sein d’une communauté fraternelle de miséricorde, peut parvenir à remettre debout des êtres qui le désirent vraiment.
L’amour fait de ces choses… et il avait fondé Béthanie : une famille pour l’espérance !
Mais, aujourd’hui encore, même hors des, cloîtres, son inspiration poursuit, son chemin… Par exemple dans les Fraternités Lataste où s’assemblent des frères qui s’efforcent à l’amour et s’entraident à l’espérance.
Oui, vraiment, où qu’il soit, il fait de ces choses l’homme qui aime et qui vit selon la grâce de Béthanie :
Il respecte infiniment, dans ses frères en détresse, leur dignité d’êtres humains et de fils de Dieu.
Il reconnaît en eux : ·
– des personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu, et enveloppées, comme toutes les autres, de son ineffable Tendresse et de sa Miséricorde sans limite ;
– des compagnons de misère, dont beaucoup ont été si privés d’amour et ont connu de tels excès de souffrance que, pour reprendre confiance en la vie, ils ont encore plus besoin que les autres de l’amitié fraternelle et discrète offerte à tous ;
– des compagnons de route qu’on accueille sans questions sur le passé ou le présent, et qu’on invite à cheminer avec soi à la recherche de l’unique Sauveur mais, dans la joie que donne l’espérance et dans cette grande liberté intérieure que permet la discrétion ;
– des compagnons de dialogue, gratifiés par Dieu de richesses, de valeurs, à découvrir et à partager dans une écoute délicate des personnes et une parfaite attention du cœur.
Voilà donc l’homme « Béthanien » et l’esprit qui anime tout son comportement. Il sème alors autour de lui, discrètement et patiemment, des germes de résurrection, d’espérance et de joie.
Le Père Lataste était venu à Cadillac avec, au cœur, une grande appréhension. Il en partait bouleversé, le cœur gros de laisser derrière lui celles qui, par la qualité de leur réceptivité spirituelle, lui avaient, procuré une joie qu’il n’avait encore jamais connue.
Il touchait du doigt que les pauvres sont plus vite et plus facilement sensibilisés à l’amour de Dieu que ceux qu’épargne l’épreuve… Ce sont toujours les pauvres qui ont le cœur plus ouvert pour donner et se donner, pour accueillir Dieu et pour l’aimer, pour accueillir des frères et pour les aimer.
Chez eux, l’esprit de partage est plus spontané, l’esprit de Communauté et de solidarité plus vivant, l’Esprit de Dieu plus proche ; l’Église déjà ébauchée… Que vienne alors pour eux, par un Père Lataste ou des frères « béthaniens » la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, l’Evangile de la Miséricorde et de l’Espérance, et l’on voit, comme à Cadillac, surgir des merveilles.
L’Église de Jésus-Christ, l’Église des pauvres se devait de voir et d’écouter, de reconnaître et d’accueillir ces valeurs, ces pierres d’attente, suscitées pour Elle par l’Esprit d’amour :
N’est-ce pas ce que font maintenant, en son NOM, et à l’initiative déjà séculaire du Père Lataste, les Communautés religieuses de Béthanie, l’Institut Séculier de Béthanie et les Fraternités Lataste ?
Oui, l’Amour fait de ces choses…
—
VIVRE ENSEMBLE L’ESPÉRANCE
« Du plus grand pécheur, Dieu peut faire un saint » Bhx J-J. Lataste.
– Vivre ensemble l’Espérance, c’est faire échec à l’échec.
– Ensemble, on dépasse les préjugés ; les uns, loin de fuir la responsabilité de leurs actes, choisissent de tirer de leur expérience les conséquences positives. Les autres, laissant derrière eux le passé, veulent vivre en communion de miséricorde à partir de ce qu’ils sont aujourd’hui.
– Une fraternité Lataste veut être une communauté d’espérance et de miséricorde ; elle croit aux capacités des personnes, à leur possibilité de vivre socialement, fraternellement ensemble ; elle prend au sérieux les demandes adressées à l’Église par ceux qui pensent être ou sont, pour bien des raisons, en dehors de l’Église, elle veut être un seuil d’espérance à entretenir sans cesse dans la foi et la charité.
– Dès l’entrée, une seule condition pour la vie fraternelle : le respect absolu de toute personne est fondamental. Il s’incarne dans un silence délibéré sur le passé. Si cette discrétion est coûteuse et exigeante, elle est le prix de ce respect. Elle laisse à chacun la liberté d’être simplement lui-même : ce qui situe la personne socialement (nom de famille, profession, références, etc.) n’a plus cours. La discrétion favorise la rencontre des êtres à un niveau où seul joue cet essentiel qui fait de tous les hommes des frères. Les séparations tombent. En se dépouillant de son personnage, chacun par son silence s’ouvre sur la communion avec l’autre.
– Il ne s’agit pas d’enfouir un passé dont on resterait esclave, mais comme dit saint Paul, « oubliant le chemin parcouru », de croire que Dieu nous renouvelle sans cesse si nous le voulons.
– Dans l’amitié, on recherche ensemble une vie nouvelle éclairée peu à peu par l’Évangile et permettant à ceux qui le désirent d’entrer librement dans l’Église. Progressivement, chacun découvre de nouveaux moyens communautaires (sessions, rencontres, partages, etc.) pour révéler que l’espérance est plus forte que tout obstacle… et que l’amour espère toute re-naissance.
– Il y a des cicatrices profondes, des souffrances destructrices ; c’est pourquoi il faut restaurer de vrais cheminements de Foi, admettre des parcours différents, dont certains peuvent être longs ou courts, globaux ou échelonnés dans le temps, voire inhabituels ou inachevés.
« On a peur d’espérer ; c’est encore une grâce que nous recevons de savoir espérer au-delà de toute sagesse humaine. » Albert-Marie Besnard, O.P.
—
LA MISÉRICORDE
Qu’est-ce au juste que LA MISÉRICORDE ?
– C’est l’amour face à la misère…
– Il y a une seule miséricorde, celle du Seigneur vis-à-vis de nous.
– La miséricorde de Dieu est infinie…sans fin… sans commune mesure avec ce que nous pouvons en penser… Elle est le propre de Dieu qui donne sans recevoir de personne.
– Lorsque Dieu se penche sur l’homme, son amour pour celui-ci ne peut être que Miséricordieux.
Selon Jean 8, 1-11, ceux qui veulent (pharisiens et scribes) piéger Jésus dans sa miséricorde, sont piégés eux-mêmes par sa miséricorde. Et en commençant par les plus vieux. Jésus les écoute, les respecte, leur donne le temps de réfléchir pour se découvrir au niveau de leur conscience. Et si la Loi de Moïse est désormais impraticable, Il indique où il entend engager sa vie et sa mort : sur le terrain des pécheurs publics ; et Jésus a dit : « Va et ne pèche plus ». Venus interroger Jésus sur sa miséricorde, ils ont été saisis par cette miséricorde.
DIEU est toujours celui qui donne et qui pardonne. Lorsqu’il se trouve en face du péché qui est la suprême misère, il ne se contente pas d’oublier, de couvrir la faute, mais son pardon transforme le pécheur et en fait un être nouveau.
Selon Jean 4, 1-42, Jésus entraîne ses disciples en Samarie. Il y est attendu. Une femme et ses concitoyens ont besoin de « Son Église ». Il va révéler à ces demi-juifs, demi-païens, qu’ils sont capables d’adorer, comme les Judéens et les Galiléens, le Vrai Dieu en Esprit et en Vérité. Il les invite au même chemin.
Cette femme, qui se laisse entraîner par Lui à le découvrir comme le Messie, va courir chercher ses compatriotes. Il en fait une Missionnaire de sa Miséricorde et des foules se précipitent vers Lui. »
– Nous, nous pouvons seulement être les témoins de la miséricorde de Dieu.
– Par la réalité de notre vie.
– Par notre constante attitude de non-jugement des personnes. C’est donc sur le terrain de la Foi que nous découvrons la Miséricorde de Dieu qui dépasse nos vues humaines.
—
PARTAGE DE LA MISÉRICORDE
Appelés à nous intégrer au monde afin de transmettre la Miséricorde reçue, nous nous ouvrons à tous ceux que le Seigneur met sur notre route, particulièrement aux plus meurtris par la vie, afin de cheminer ensemble.
« Offrons-leur une Église qui les accueille, les respecte, ne les soupçonne pas, leur ouvre toutes les richesses de Dieu. Cette joie d’êtres sans cesse touchés par l’Amour Miséricordieux de Jésus, pourquoi la refuser quand elle est offerte ? Nous en avons besoin plus que jamais. »
—
NOTRE PRIÈRE
Simple et spontanée, pauvre et vraie, fidèle et persévérante, la Prière de la Fraternité s’efforce le plus possible de revêtir les caractères de la prière évangélique. Ses membres sont convaincus que la prière est l’élément central de notre FOI. Elle est, en effet, la première œuvre de l’Esprit en nous et la portée extrême de la Grâce de Dieu à l’égard de chacun de nous.
Simple et spontanée.
Les membres de la Fraternité apporteront dans leur prière une simplicité d’enfant. Car c’est aux petits que Dieu révèle ses secrets, et en particulier le secret de la prière.
Pour nous, la prière est un langage du cœur qui est d’abord de l’ordre de la foi, du regard, « que ta volonté soit faite ». Apprendre à regarder et à nous laisser aimer. Nous savons qu’il sera souvent nécessaire de partir d’un minimum d’idées, d’un texte biblique, afin d’éviter le vagabondage de notre pensée, de la fixer afin de rencontrer le Maître et de faire nôtres Sa Volonté et Son Amour. C’est le. Dieu vivant que nous cherchons pour lui redire que nous l’aimons et que nous savons qu’Il nous aime, pour nous conformer au plan de Miséricorde qui est le Sien. Voilà pourquoi l’une des premières qualités de la Prière nous semble être la spontanéité. Notre désir est d’exprimer le vrai de nous-même, sans gêne, et nous nous refusons aux formules toutes faites.
Pauvre et vraie
Plus notre prière est authentique, plus les jaillissements instinctifs de Foi, d’Espérance et d’Amour se multiplient tout au long de notre existence.
« La Vérité nous délivrera ». Cette vérité est parfois dure, « la pauvreté nous écrase toujours ». La prière transforme ce qui, en nos vies, est pesanteur, écrasement, elle change le signe de notre pauvreté. Elle devient notre trésor, ce par quoi nous tenons le Cœur de Dieu. Devant notre pauvreté, Dieu nous amène à nous situer en face de Lui dans la confiance, comme des êtres qui savent ne pouvoir se passer de son Amour.
Cet effort de vérité élimine de notre prière toute attitude où le calcul intervient. C’est un des signes les plus nets qui distinguent l’âme du pauvre de celle du riche.
Le riche reçoit et donne par calcul et vit de ce calcul. Le vrai pauvre ne fait pas de calcul. Dans sa pauvreté reconnue et aimée, il contemple la richesse d’Amour et de Miséricorde de son Père.
Fidèle et persévérante
C’est par la volonté, par le cœur que nous sommes unis à Dieu. La prière persévérante se situe sur le plan du penchant de notre désir d’union à Dieu, sur le plan de l’attrait profond de notre cœur. Sur le plan des actes certes, il n’est pas possible d’être toujours en « exercice de prière ». La tendance de l’Amour est une réalité qui demeure, même si elle est peu consciente.
Notre prière sera donc persévérante par le dedans. De même la fidélité sur laquelle Jésus insiste est avant tout une fidélité intérieure du plus profond de notre volonté.
Insistance, constance, persévérance, qualités primordiales de la Prière des Fraternités, dont les résultats sont à la mesure des promesses du Seigneur.
Bien des attitudes essentielles ne peuvent naître dans nos vies que si elles y viennent de l’intérieur : une certaine attention à nos frères, une certaine compréhension de la misère, une certaine délicatesse dans la recherche de notre bonheur et dans celui de ceux que nous aimons, un véritable sens de la Rédemption, un regard de Foi sur la faiblesse et la miséricorde. Tout ceci est en très grande partie tributaire de notre fidélité ou de notre infidélité dans notre prière.
La Fraternité participe à la liturgie de l’Église qui nous invite, par les Psaumes, les Hymnes et les Cantiques, à entrer dans la Prière de Celui qui récapitule toute prière : le Seigneur Jésus, parce qu’il est le Vivant dépositaire victorieux des secrets du Père ; Il peut les partager aux hommes et se faire leur avocat auprès de LUI. L’hymne de louange qui fonde la Cité du Christ et le Sanctus qui s’en élève ne doivent jaillir qu’à la seule gloire digne du Tout-Puissant : celle du DIEU D’AMOUR et de MISÉRICORDE.
—
L’AMITIÉ
« L’Amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. » (I Jean 4, 7)
L’AMITIÉ est essentielle pour vivre en Fraternité.
Arrêtons-nous sur cette amitié primordiale que nous essayons de découvrir, de vivre, et qui est au cœur de notre communion fraternelle.
Amitié et Accueil sont liés, car c’est à partir du moment où on se sent accueilli, c’est-à-dire aimé, que l’amitié peut se fonder, s’approfondir.
Amitié discrète, qui respecte la dignité de l’autre, suppose une infinie discrétion et nécessite de nous aimer tels que nous sommes aujourd’hui, sans regard sur le passé.
Amitié qui nous libère de nous-même pour permettre de vraies rencontres.
Amitié établie sur une base de sincérité, de simplicité empreinte de chaleur humaine, soucieuse des besoins de chacun.
Amitié qui fait confiance et qui redonne confiance mutuellement dans nos possibilités, si humbles soient-elles. Confiance, car Dieu travaille à notre insu et Son Esprit est présent en chacun de nous.
Amitié compréhensive, comprendre, c’est « prendre avec », c’est prendre dans nos cœurs, nos joies, nos difficultés, nos souffrances. C’est communier ensemble dans l’espérance.
Amitié qui est partage et échange sur un plan d’égalité – recevoir et donner rompt la solitude.
Amitié qui nous fait découvrir les pierres d’attente en chacun de nous, les valeurs en sommeil que l’amitié peut faire émerger.
AMITIE, jaillie du cœur de Dieu qui révèle les êtres à eux-mêmes et qui nous fait entrevoir, pressentir la Miséricorde et la tendresse infinie de Dieu à l’égard de tout être.
—
LA DISCRÉTION
« Plus profond est l’amour, plus il se fait discret. »
La Discrétion est une condition indispensable d’une amitié vraie. Pour s’exprimer, l’Amitié le fait par signes – paroles, sourires et tant d’autres gestes… – mais ces signes ne peuvent être que discrets et nuancés. Il faut allier parole et silence, accueil et attente, patience et impatience.
La discrétion ne gêne pas les échanges, elle est dynamique et espérante, mais avec délicatesse, car l’amitié, l’amour, ne peuvent pas s’imposer, nul ne peut forcer un autre à l’aimer ; c’est pourquoi on ne sollicite jamais de confidences, et s’il arrive qu’on en reçoive, celles-ci sont en fait la propriété de leur auteur, ne doivent jamais être répétées, ni faire l’objet d’une nouvelle question à ce dernier.
La discrétion est parole et silence. On parle, mais avec réserve, et si chacun est invité à s’exprimer, c’est pourtant sans y être obligé. Attention en tout cas à ne pas être un moulin à paroles, ou celui qui se raconte X fois, « car il sera demandé compte de nos paroles inutiles ».
– La discrétion est silence : elle oublie ce qu’elle perçoit de l’autre, car ce qu’elle perçoit de l’autre peut être inexact; elle ne rêve pas l’autre, au risque de commettre médisance ou calomnie.
– Le silence évite bien des drames.
La discrétion se fait accueil et attente, elle demande une certaine retenue par respect du prochain, aucune curiosité sur sa personne, ses occupations, son passé, son état présent, elle exige maîtrise de soi dans l’écoute. (On n’use que du prénom dans la Fraternité Lataste.)
La discrétion exige patience et impatience.
Loin d’être de l’indifférence, elle réclame présence et gestes délicats : souhaits d’anniversaire, fêtes, sourires, etc., attentions qui engendrent une qualité d’amitié faite de respect de l’autre dans la simplicité.
Ne soyons pas esclave de la discrétion, sachons la vivre fraternellement.
Car si vous avez besoin de la discrétion, les autres aussi.
Dieu est discret, cette discrétion est une évidence absolue, car « Dieu, personne ne l’a jamais vu.»
Saint Jean
