Dans les années 1860, la tuberculose faisait des ravages dans la société, et dans les communautés religieuses. C’est une maladie insidieuse, au long cours, et il est donc difficile de dire quand le père Lataste est tombé malade. Ce qui est sûr c’est qu’il était déjà en mauvaise santé au début de 1868, il est atteint d’un érysipèle, infection très douloureuse de la peau. Il écrit au P. Souaillard, provincial, pour lui demander de retarder son départ pour Nîmes, car le médecin pense qu’il est imprudent de se mettre en route dans cet état. La réponse du provincial ne se fait pas attendre : il ne croit pas que son état l’empêche de partir. Cette lettre est reçue le 26, le prédicateur se met en route par obéissance, malgré son état, le 27. Durant ce carême, l’infection réapparaît d’une autre façon. Après avoir longuement confessé dans une sacristie humide, le prédicateur épuisé par la tâche contracte une infection pleurale. Revenu, épuisé, à Béthanie, il se remet peu à peu et réussi à reprendre une activité presque normale dans les mois suivants.
C’est le 21 juillet que la maladie se manifeste à nouveau, à la suite d’une marche qu’il a dû faire en pleine chaleur. Après une nuit difficile, il peut donner l’habit aux deux premières réhabilitées, petite sœur Saint-Pierre et petite sœur Saint-Paul. Le 3 août, le maître général des Dominicains, le Père Jandel, manifeste publiquement son soutien à Béthanie en visitant la petite communauté de Frasnes. Le père Lataste tient à l’accueillir lui-même. Mais, après l’avoir embrassé, le P. Jandel l’envoie se recoucher en lui disant : « Oh ! Mon pauvre enfant, comme vous voilà changé ! Allez vite vous reposer. » Le Père Lataste reste couché, incapable de dire la messe durant plusieurs semaines. Épuisé, il arrive à célébrer la messe le 15 août, mais quelques jours plus tard, la fatigue est telle qu’il est obligé de dicter son courrier. Son état de santé va se dégrader peu à peu dans les mois qui suivent.
La fête de Noël 1868 est une journée pleine d’émotion à Béthanie : ce jour-là, en effet, le père Lataste parvient à célébrer l’eucharistie pour la dernière fois, à la messe de minuit ; il affirme lui-même à mère Henri Dominique : « C’est la dernière fois que je célèbre le Saint Sacrifice. » Cependant, le jour de Noël il a le grand bonheur de donner l’habit de petite sœur à Angélique Jourdain, « une âme, dit la Chronique de Béthanie, qu’il a convertie à la prison de Cadillac et pour laquelle il a une compassion très grande parce qu’elle a beaucoup souffert. » Tout l’effort des dernières années de sa vie trouve là son achèvement. L’œuvre de réhabilitation commencée à la prison centrale de Cadillac, et poursuivie malgré d’innombrables résistances et difficultés, atteint dans ce geste son but. Celle que le père Lataste a connue détenue, tentée par le suicide, enfermée dans la souffrance, se trouve revêtue d’un habit religieux estimé de tous.
Lorsqu’en février le malade nécessite des soins constants, l’un des frères étudiants dont il avait été le père-maître à Flavigny est envoyé pour s’occuper de lui. C’est un témoin de grande importance car il a rédigé pour les sœurs un mémoire dans lequel il a noté comment s’est déroulée la fin de la vie du P. Lataste. La manière dont celui-ci a vu approcher la mort avec confiance et les quelques confidences très intimes qu’il a faite à son jeune frère permettent de voir comment le père Lataste est mort comme un saint, remettant sa vie, et la fondation encore si fragile de Béthanie, entre les mains du Père. Il s’est éteint le 10 mars 1869.
Dès le lendemain de son inhumation, de petits billets ont commencé à être déposés sur sa tombe avec des intentions de prière. Ceci n’a jamais cessé depuis, bien que les restes du bienheureux Jean-Joseph ait été déplacés quatre fois. Ils sont aujourd’hui vénérés dans la cathédrale de Besançon et beaucoup de personnes y déposent leurs intentions.
fr. Jean-Marie Gueullette, op
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